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La descente en voiture au Sénégal...
J'avais depuis longtemps cette idée en tête, descendre en voiture
au Sénégal. Pendant le mois de septembre 2004, j'avais un mois
de vacances : parfait pour réaliser ce voyage.
Au début j'avais l'intention de partir tout seul jusqu'au Sénégal
et de rejoindre Lamine qui s'y serait trouvé.
Finalement Lamine n'a pas pu partir à cause de différents problèmes.
Mais après de maintes réflexions et changement d’opinions,
il a décidé de venir avec moi en voiture puisque j'y allais de
toute façon.
De plus j'étais accompagné et c'était quand même
mieux de ne pas faire le voyage tout seul.
Alors voilà, c'est l'été, je suis en plein stage en entreprise
et je prépare le départ, je vais acheter la voiture en Allemagne,
je commence à faire les papiers, tout ça... Ca prend du temps
car les administrations sont en vacance et les horaires d'ouvertures sont incompatibles
avec mes horaires de travail, enfin heureusement que mon père est là pour
m'aider.
Pendant ce temps, je réfléchis à l'organisation du voyage,
car plusieurs options se présentent à nous : depuis juillet 2003,
on ne peut plus rentrer avec un véhicule de plus de 5 ans au Sénégal
mais il parait qu'il y a quand même des possibilités : on a donc
le choix entre 2 options : une fois arrivés en Mauritanie, vendre la
voiture et continuer sans ou bien essayer de rentrer avec au Sénégal,
passer des vacances là-bas avec la voiture et revenir pour vendre la
voiture en Mauritanie.
Lors de l'organisation du voyage, j'ai quand même un problème
de conscience : descendre en voiture et la vendre en Afrique, c'est quand même
un peu profiter du système sans rien apporter à l'Afrique. Je
fais donc des recherches sur Internet sur les associations humanitaires et
je tombe sur le site de l'association Astou, basée à Paris, avec
le slogan : "vous partez au Sénégal, ne partez pas les mains
vides"!
Ca tombe bien car moi, je pars au Sénégal et la voiture est presque
vide.
Finalement, après avoir appelé, il se trouve qu'il y a des cartons
de livres à Aix en Provence et qu'une personne passe justement par Montpellier
et peut me les apporter : tout se passe donc très vite et je récupère
12 cartons de livre et un carton de flûtes : poids total 200 Kg.

Finalement, arrive la fin du stage, le 28 août, je n'ai pas encore la
carte grise de la voiture, au téléphone, l'employée de
la DRIRE me dit qu'il faut attendre une semaine, que nenni!! Pas possible sachant
qu'on doit prendre la route le lendemain avec Lamine.
Je vais donc le vendredi matin à la DRIRE pour accélérer
les choses et elle me dit qu'elle aura fait l'identification de la voiture
(nécessaire pour avoir la carte grise à la préfecture)
lundi qui vient : ça limite la casse.
Finalement la bonne femme m'appelle vendredi en début d'après-midi
et me dit que c'est fait, j'ai donc obtenu la carte grise le vendredi soir
: tout est quasiment prêt, il ne reste que des petites choses à régler...
Mais entre temps problème : Lamine n'a plus de titre de séjour!!
Il faut qu'il le renouvelle! Il a donc envoyé son passeport le mardi
25 août à Paris, étant confiant pour qu'il revienne le
vendredi ou le samedi... Mais pas de passeport!
Lundi, rien, mardi, toujours rien!! Vais-je finalement partir tout seul? Tout
est prêt et il ne reste plus que ce foutu passeport.
Pendant ce temps on fait des "simulations de départ" : je
charge la voiture pour voir comment ça fait, on va faire des cours de
conduite avec Lamine car ça fait 3 ans qu'il n'a plus conduit. Mais
le moteur chauffe car il force un peu trop...et là, paf de la fumée
blanche qui sort du capot : c'est la fixation de la durite sur le radiateur
qui a lâchée. Bon finalement c'est réparable mais on achète
quand même un autre radiateur pour la traversée du désert
au cas ou...
Bon là on se dit ça promet pour le voyage : espérons que
la voiture va tenir pour la traversée du désert...bref
Finalement le mercredi, le passeport arrive : hourra, on prend le départ à 12h
de Montpellier, premier coup de stress car il faut arriver avant 3h à la
préfecture de Toulouse pour que Lamine renouvelle son titre de séjour.
Bon on arrive finalement à temps mais une fois arrivés là-bas,
la préfecture nous fait des problèmes et commence à refuser
de renouveler le titre de séjour, il faut une preuve comme quoi on part
vraiment au Sénégal, mais on a pas de billet d'avion donc pas
de preuve!!! Bref, finalement, les bons de livraisons des cartons de livre
feront l'affaire, ils prolongent donc le titre de séjour de Lamine...
A 6h du soir, on prend enfin la route de l'Espagne : maintenant, plus rien
ne peut nous arriver...
On roule, et on roule et on arrive dans les Pyrénées, la voiture
peine : elle est extrêmement chargée, le coffre est remplit de
livres, il y en a aussi sur la banquette arrière, on a des bidons, 2
matelas fins en mousse, des chiffons, des vivres, des jus de fruit, tout ça
est empilé dans la voiture de façon plus ou moins rangée.
De plus, et on le saura après, le filtre à Gasoil est bouché,
la voiture fait des à coups en plein régime, en fait, elle n'a
aucune patate. Ca empire de plus en plus au fil du temps, on ne monte qu'à 40
km/h les côtes les plus rude.
Bon heureusement que ça monte relativement doucement. Vers 00h, on passe
le tunnel du Somport et nous voilà en Espagne.

Je suis crevé mais je continue, on s'arrête finalement vers 3h
du matin dans une station service au bord de l'autoroute avec le bruit des
voitures toute la nuit.
Là je commence à avoir mal à la rate : ça m'est
déjà arrivé quand je veillais trop tard et que j'étais
fatigué. Bon je me dis que le lendemain, la douleur va s'en aller :
erreur! La douleur va me suivre un bon bout de temps!!
Bon
le lendemain on trace, on arrive à Madrid : on perd une heure à tourner
en rond, mais on trouve finalement la bonne direction.
Après une journée de route harassante, une douleur aigue à la
rate, et de sérieux doute quand la voiture ne montait les côtes
qu'en première à 10 km/h, on est arrivés à Al Geziras
le jeudi soir et on à pris le bateau à 22h, direction Septa,
enclave espagnole en terre africaine.
Et enfin, le Maroc!! Ah, ça fait du bien, après les autoroutes
espagnoles si monotones, voilà la chaleur du Maroc.

Les douaniers marocains commencent à dire qu'il faut ouvrir tous les
cartons de livre, finalement ils n'en ouvrent que 4. On est donc donc Jeudi
soir, il est tard mais il faut arriver le lendemain à Casa pour que
je fasse le visa pour la Mauritanie, sinon c'est le week-end et ça fait
perdre trop de temps. On roule donc pendant quelque temps et on s'arrête
vers 3h du matin pour dormir près de Larrache. Vive les matelas en mousse
qu'on a récupéré à Montpellier, ils sont très
confortable...Lamine, lui, préfère dormir dans la voiture, ce
qu'il fera pendant tout le reste du trajet!!
Le lendemain matin, après avoir emprunté l'autoroute quasi déserte,
on arrive à Casa et on va directement au consulat de Mauritanie pour
que je fasse mon visa (les sénégalais en ont pas besoin), puis
direction Hay El Mohammedi, quartier populaire ou j'ai résidé 2
mois l'année dernière pendant mon stage à Siemens.
Donc on revoit tout le monde : surpris ou pas surpris de nous voir, personne
n'a changé, tout le monde est toujours aussi gentil.
A Casa, on se repose, on mange bien (comme d'habitude au Maroc), on visite
un peu la ville pour faire découvrir à Lamine...ma douleur à la
rate disparaît!!
Mais à Casa, on en profite aussi pour faire réparer la voiture
: elle est partie dans les mains expertes de Miloud, le mécanicien du
quartier : on fait une vidange, on change le filtre à Gasoil, le filtre à huile,
le gonfleur (qui permet de faire le circuit sous vide) car il fait un bruit
bizarre et il ne faudrait pas qu'il pète en plein désert. Montant
des travaux : 1000 dirhams, ouille, c'était pas dans le budget tout ça
mais au final, la voiture ronronne comme un chat, la patate est revenue, ça
fait plaisir de voir qu'elle monte les côtes sans sourciller.
On est finalement resté à Casa jusqu'au dimanche soir ou on a
repris la route, car le chemin est long et il ne faut pas traîner. Après
avoir rechargé la voiture, on a fait nos adieux, déçus
de ne pas pouvoir rester plus longtemps...
Conduite de nuit au Maroc : bof, il faut s'y faire, ce n'est pas si
dangereux si on est vigilant! Une fois arrivés à Essaouira, à 3h
du matin, on décide de dormir dans la voiture car il fait extrêmement
froid dehors...et le matin, ça ne rate pas, la douleur à la rate
me revient car j'ai très mal dormit!!
Bon donc le lendemain on roule et on roule encore, le paysage défile,
les arganiers sont envahis par les chèvres qui se délectent de
leurs feuilles. De nombreux vendeurs d'huile d'argan nous sollicitent au passage,
on se dit qu'on va s'arrêter pour en acheter, mais finalement on tarde
trop et il n'y a plus de vendeurs... On passe par Agadir, mais on ne s'arrête
pas et on arrive finalement le soir à Tan-Tan, décidés à dormir
dans un hôtel car j'ai vraiment très mal à la rate et on
a été obligé de s'arrêter tout l'après midi
tellement la douleur faisait mal.
Le lendemain, je pensais que ça irait mieux, eh bien pas du tout, la
douleur est très présente et je suis obligé d'aller consulter
un médecin. L'hôpital est bondé de monde mais heureusement
j'y suis allé avec un voisin de l'hôtel qui vient d'Agadir et
il connaît un des médecins qui vient d'Agadir donc évidemment ça
facilite les choses et je suis reçu en consultation directement!
Après les achats de médicaments, on repart, assez perdu de temps
comme ça!
Le
désert commence à être de plus en plus désert!
Il fait chaud, le paysage est aride, les postes de police se succèdent
et deviennent très fréquents car on est entrés dans le
Sahara Marocain, contesté par la Mauritanie, le Maroc, revendiqué par
les Polizarios, soutenus sous la cape par l'Algérie qui voudrait bien
avoir un accès à l'Atlantique pour exploiter les minerais très
présents dans le sahara…le problème est complexe et ne
risque pas d'âtre résolu.
Le moteur chauffe, l'eau est précieuse, la route est longue, déserte,
droite, envahie par les dunes par endroits, en réparation pendant quelques
centaines de mètres à d'autres, des panneaux "attention
au dromadaires" bordent le côté de la route.
Le soir, on dort, ou plutôt je dors dans une station service, Lamine,
lui préfère la voiture.

Le matin, on repart aux aurores, j'ai bien dormi, c'est mercredi, ça
fait une semaine qu'on est partit et vers midi, nous voilà arrivé à Bir
Gandouz, poste frontière marocain. Houlà, toute de suite l'atmosphère
change, les marocains qui étaient si gentils pendant la route deviennent
de plus en plus froids, alors qu'il fait de plus en plus chaud.
On croise les premiers maures, typiques avec leurs habits longs et leur turban
qui ne laisse entrevoir que leurs yeux. La plupart les cachent cependant avec
des paires de lunettes flambantes neuves.
Les formalités de sortie du Maroc se passent sans problèmes,
on distribue de l'eau et des gâteaux pour détendre l'atmosphère.
Un douanier nous demande si on a fait bonne route, je lui dis oui, et il me
dit mais vous avez crevé! Je regarde : en effet, la roue est à plat!!!
Merde, ça tombe mal, juste avant d'attaquer le désert, plus de
roue de secours!!! Pas le choix de toute façon, il faut vider le coffre,
enlever tous les 13 cartons, 200 Kg de livres pour pouvoir accéder à la
roue de secours qui est évidemment dessous. Donc on commence à changer
le roue : prenons le cric! Il ne me semble pas solide, et ça ne rate
pas : le cric est pourri, il se casse sans réussir à soulever
la voiture d'un centimètre!
Mais heureusement, deux 4*4 suisse allemands, qui viennent d'arriver au poste
frontière nous prêtent leur cric : là, pas de problème,
la voiture se soulève comme une plume, on répare, on rend le
cric, et on repart sur les quelque mètres de goudron qui restent.
Donc au bout de quelque mètres, voilà, plus de goudron, bienvenue
en Mauritanie, on roule à présent sur un simple chemin de cailloux,
il est midi, le moteur chauffe énormément, je rage car j'ai négligé de
faire la petite transformation au Maroc qui consiste à faire tourner
le ventilateur du radiateur tout le temps à plein régime.

Finalement, on arrive près d'une carcasse de camions, là une
dizaine de maures sortent de nulle part et nous assaillent de toutes part :
ce sont des guides pour la plupart : ils offrent leurs services.
En fait moi je me suis fié à un avis que j'ai eu sur Internet
comme quoi on pouvait faire la traversée du désert, c'est à dire
rejoindre Nouakchott, la capitale de la Mauritanie, sans guide, en suivant
la nouvelle route en construction.
Donc on ne s'arrête pas et on continue le chemin, arrivés à un
croisement, on prend la route de gauche, mais le moteur est tellement chaud
qu'on est obligé de s'arrêter très vite. Et évidemment
les guides rappliquent, nous disent qu'on a pris le mauvais chemin, on commence à négocier,
ils fixent le problème de chauffage du moteur, enfin le moteur ne chauffe
plus, c'est déjà ça!
Donc après de longs palabres avec des maures, on a fixé le prix
de 50 euros pour se faire accompagner mais on décide de partir tout
seul et de se fier à l'avis que j'ai eu sur internet.
On prend donc congé des guides et on leur donne des jus et des gâteaux
pour les remercier d'avoir résolu le problème de moteur.
Le but maintenant est de trouver le poste frontière de la Mauritanie,
qui se trouve à 8 Kms de là, en empruntant la bonne piste!
Finalement, des gens nous renseignent au croisement ou nous nous étions
trompés et nous partons donc sur la piste de droite, la bonne!!
Mais hélas, les pistes se mêlent et s'entrecroisent, la voiture,
qui est très chargé, souffre, un camion suit une piste parallèle
et nous fait de grands signes de le rejoindre, on essaye de le suivre mais
il va très vite, on arrive pas à dépasser les 5 km/h,
tellement la piste est défoncée, et tellement c'est dur de conduire
dans ces conditions.
Après trois heures de route, on doute : est-on sur la bonne piste? Au
loin, j'aperçois une petite cabane en pierre de 2mètres sur 2
: non, c'est pas possible, c'est pas ça le poste frontière!
Une fois arrivés, si si , c'est bien le début du poste, un policier
en uniforme sort de la cabane, il vérifie nos passeport, puis nous dit
qu'il faut continuer quelques mètres et derrière le promontoire
rocheux se trouve le poste ou il faut faire les formalités d'entrée.
Là-bas, c'est pareil, sauf que les bâtiments sont un peu plus
grands, enfin pas tellement plus!
Je paye environ 15 euros pour la voiture, les douaniers inspectent le contenu
de la voiture, ils veulent des livres : on leur en donne quelques uns.
Au poste, un guide, Abdelhaye, nous propose ses services, il nous assure que
ce n'est pas faisable seul. Nous refusons, persuadés, vus qu'on a réussit à arriver
jusque là, que le reste est aussi facile...ou difficile...
Donc on se fait bien expliquer la route par les gardes du poste frontière
: "dans 200m au premier croisement, tu prends à gauche, ensuite
tu fais 1km et tu arrive au deuxième croisement ou là aussi tu
prends à gauche, puis tu fais 2 Kms et tu arrive au troisième
croisement, ensuite tu continues et tu arrives en longeant la voie ferrée,
puis le goudron n'est pas loin, tu le verras".
Bon ça a l'air simple, il faut toujours prendre à gauche!!!
Malgré l'insistance du guide, on part tout seuls, hum, premier croisement, à gauche,
OK, deuxième, à gauche, troisième croisement, on hésite
car la piste n'a pas l'air très bonne...bon on prend à gauche...
avec tout ça le soleil comment à se coucher mais on est confiant,
perdus au milieu de nulle part, avec personne à l'horizon. Et...
L'ensablement! Le premier : bon c'est pas très grave, mais dans un ensablement,
si on ne fait pas les choses bien dès le début, ça empire...donc
on ne prend pas de risque et on décharge tout les cartons... on est
pas à un déchargement près!
Bon finalement on a réussit à s'en sortir, et juste au moment
ou on a rechargé les cartons et qu'on veut repartir : un 4*4 à pleine
vitesse arrive, nous frôle, j'aperçois le visage fier et arrogant
du guide du poste frontière, Abdelhaye, ainsi que d'autres mauritaniens,
le 4*4 s'arrête en faisant limite un frein à main.
Puis l'arnaqueur sort (Abdelhaye) et commence à dire qu'on est pas du
tout sur le bon chemin, qu'il nous a cherché, qu'il nous a retrouvé car
il a demandé à des gens se trouvant sur le bon chemin...bref
Tout est business ici, on se met d'accord avec l'arnaqueur Abdelhaye et il
nous prend 20 euros pour nous amener jusqu'à la route. De toute façon
on a pas le choix, il fait presque nuit et il faut qu'on le reconnaisse, on
s'est complètement paumés!!
Le guide conduit ma voiture avec Lamine, moi je prends son 4*4, au moins c'est
une petite compensation de ce que cet arnaqueur va nous faire payer. C'est
plus agréable de conduire un 4*4 qu'une Mercedes sur une route défoncée.
Arrivés à la route, il fait nuit, c'est trop tard pour prendre
la direction de Nouakchott, Abdelhaye nous propose qu'on rajoute 50 euros pour
qu'on vienne dormir GRATUIT dans son auberge et que c'est mieux de partir demain
matin très tôt pour qu'il nous emmène jusqu'au deuxième
goudron.... Oui car en fait le goudron sur lequel on se trouve se termine très
vite, il y a ensuite 100 Kms de pistes, 170 Kms de goudron en encore 150 Kms
de pistes avant d'arriver jusqu'à Nouakchott. Moi je pensais qu'il suffisait
de suivre la route en construction, que c'était facile, mais vus qu'on
s'est paumés, ça prouvait que l'avis que j'avais eu sur Internet
n'était pas bon.
Bon on est devant le fait accomplit, il fait nuit on est crevé on est
sale, le guide profite de la situation, il est en position de force et il le
sait bien : on est obligé d'accepter.
Donc nous voilà partit dans la direction opposée à la
notre : on va à Nouadhibou (qui se trouve sur une avancée de
terre) dans l'Auberge de l'arnaqueur, en fait il reste 1h 30 de route mine
de rien.
Bon le soir Abdelhaye nous propose de changer des euros. M'étant fié à un
avis sur Internet erroné (encore un!), je ne suis pas sûr du taux
de change et il nous donne 300 Ouguiyas pour 1 Euro alors que c'est normalement
370-380 ouguiyas pour un euro.
En fait en Mauritanie c'est bizarre. En banque on donne 325 ouguiyas pour 1
Euro et on doit donner 340 Ouguiyas pour avoir 1 Euro MAIS...le problème
est qu'il n'y a pas un pet d'euros en Mauritanie, et que c'est très
difficile de s'en procurer dans les banques, c'est la pénurie! En fait
les euros ne sont délivrés que aux gens en possession d'un billet
d'avion pour l'Europe. C'est pour ça que le marché noir à un
taux si bizarre, le taux est plus important que celui de la banque, que ce
soit à l'achat d'Ouguiyas, ou à la revente, alors que ça
devrait se situer au milieu de taux de la banque. Mais le problème de
l'Ouguiya, c'est que c'est une monnaie qui reste dans le pays, elle n'en sort
pas, elle n'a pas de taux officiel sur le marché international, c'est
pourquoi au marché noir, on te donne 370 Ouguiyas pour 1 euro, par contre
on va te demander 420 Ouguiya pour avoir 1 euro.
Bon bref revenons à nos moutons, le guide nous a arnaqués sur
le taux de change, il est allé acheter une roue de secours 20 euros
et je suis sûr qu'il nous a aussi arnaqués.
Bon finalement on dort bien dans son auberge d'arnaqueur, et au lieu de partir à 5h
comme le guide nous a dit : on part seulement à 7h car le guide ne s'est
pas réveillé (enfin, nous non plus d'ailleurs).
On est donc trois dans la voiture, Lamine et moi côté passager
et Abdelhaye au volant. Bon il faut l'avouer, même si c'est un arnaqueur,
c'est un pilote et on n'aurait jamais pu faire le voyage tout seul sans s'ensabler
ou se perdre. Et ici gare à l'ensablement!!! On est dans le désert,
ne l'oublions pas! Ici tout est business, des mauritaniens (dont Abdelhaye
lui même) sont spécialisés dans le désensablage
des ensablés! En fait ils sont à l'affût des gens qui s'ensablent,
surtout les touristes et ils leur demandent des sommes exorbitantes (200 à 300
euros) pour les sortir de là. De toute façon c'est le désert,
il n'y a personne aux alentours et les gens sont obligés d'accepter
en général.
En parlant d'ensablement, il fallait bien que ça arrive. Voilà le
cadre : "Abdelhaye le pilote", pilote, on a confiance en lui, mais
il y a tellement de pistes que l'on s'y perdrait. C'est faux de dire que les
guides connaissent le chemin par coeur, les pistes changent tous les jours,
le vent souffle très fort dans le désert et une piste praticable
un jour peut devenir ensablée et impraticable le lendemain. Les guides
connaissent donc en gros le chemin, ce sont des bons pilotes et ils savent
conduire dans le désert, c'est comme ça qu'ils s'en sortent car
ils connaissent tous les pièges à éviter.
Mais en parlant de piège, Abdelhaye est tombé dans un piège
: au début la piste était bonne, c'est plat, on roule très
vite car sinon on s'ensable. En fait le désert c'est une alternance
de pistes dures, et pistes moues (ensablées), mais en général,
les sections ensablés sont assez courtes pour que, si on y arrive à fond,
on puisse passer sans s'ensabler mais le problème c'est qu'on est arrivés à une
section ensablée qui était très longue, petite faute d'
Abdelhaye en rétrogradant et c'est l'arrêt, le sable dur est à quelque
mètres seulement. Bon bref on est ensablés quoi...
Donc on sort de la voiture et Abdelhaye le pro du désert commence à déconner
: on le sait très bien, lord d'un ensablement, si on fait pas les choses
bien dès le début, ça empire, et c'est exactement ce qu'Abdelhaye
a fait : il a voulu qu'on pousse seulement la voiture sans la décharger
et sans utiliser les plaques de désensablement. Mais ça a empiré,
on a ensuite déchargé la voiture, enlevé le sable sous
les roues, réessayé alors que le travail était bâclé et
c'était clair que la voiture n'allait pas sortir. Donc finalement la
voiture n'avait plus de portance sur ses roues, à force de patiner dans
le vide, elle reposait sur son bas de caisse. Le travail était encore
plus important, des kilos de sable à enlever alors qu'il aurait fallu
faire correctement le travail au départ.
Bref, moi je rigolais, Lamine rageait, disait qu'il avait pas payé pour
enlever du sable. C'est vrai que Abdelhaye le bedaineux répétait
sans cesse "c'est rien du tout ça!! Rien du tout, un tout petit
ensablement on va s'en sortir sans problèmes, il suffit d'enlever le
sable sous la voiture!" mais lui n'en foutait pas une. Il faisait semblant
de travailler mais parlait plus qu'autre chose. Bon en plus un vent de sable
se levait et il fallait se dépêcher car qui dit vent de sable
dans le désert dit se blottir et attendre que ça passe. En fait
le vent, ne s'est pas trop levé donc ça allait.
Finalement, Abdelhaye a dégonflé les pneus au maxi, on a bien
enlevé le sable, je sais plus combien de tentatives on a fait mais c'était
pas mal et on s'en serait jamais sortit tout seul.
C'est alors qu'un Mercedes 190 D sort de nulle part : 2 mauritaniens en sortent
: entre mauritaniens ils ne se font pas payer quand même, le guide est
assez connu dans la région.
4 bras en plus à pousser, ça paye, la voiture est sortie toute
seule. Les 2 mauritaniens sont autant dans le pétrin que nous car leur
moteur chauffe énormément et ils n'ont plus une goutte d'eau
: on leur donne un bidon de 5 litres pour les remercier du service rendu : ça
serait bien que ça se passe comme ça plus souvent : juste de
l'entraide sans question d'argent, mais hélas ce n'est pas le cas tous
les jours.
Bon bref on est sortit de l'ensablement au bout de 2h de temps, c'est bien
mais il faut regonfler les pneus et la pompe est aussi pourrie que le cric
: bonne à jeter, elle ne gonfle rien du tout.
Mais miracle un camion passe à 100m de nous et il à un compresseur,
il suffit de le rejoindre pour se faire regonfler : c'est marrant la conduite
sur le sable avec des pneus dégonflés.
Bon bref après avoir tout rechargé (les caisses plus tout le
foutoir sur les banquettes arrière), on est repartit.
Là pas grand chose à raconter si ce n'est juste avant d'arriver
au goudron, on aperçoit au loin une dizaine de voitures et camions immobilisés
: je demande à Abdelhaye ce que c'est, il ne me répond pas il
est concentré, crispé sur son volant, c'est une nouvelle dune
qui n'était même pas là il y a une semaine, tous les gens
qui sont arrêtés sont en fait ensablés. Abdelhaye fonce à 100 à l'heure,
il fonce droit sur une voiture ensablée, mon dieu, on va se la prendre,
on frôle la voiture, on passe a fond sans s'arrêter, il faut le
vivre pour ressentir ce que ça fait, et finalement ouf, on sort de la
dune sain et saufs et on atteint la partie dure. Je me retourne : tous ces
pauvres mauritaniens sont tous ensablés, certains peuvent rester des
jours comme ça. Abdelhaye nous parle : "c'est comme ça c'est
le désert, on a pas le temps de s'arrêter pour les aider, personne
n'a le temps, ils se débrouillent comme ils peuvent".
Bon voilà on arrive au goudron, on va bientôt quitter le guide,
il essaye d'arrêter un 4*4 qui nous croise mais le maure au turban ne
s'arrête même pas : il est pressé car il veut avoir l'argent
de ceux qui sont ensablés.
Voilà, une fois arrivé au goudron, Abdelhaye rentre en action,
il a parlé au camion qui nous a regonflé les pneus : la partie
non goudronnée qui reste juste avant Nouakchott est dure soi disant,
il y a du sable qui a recouvert la piste. Bon on rajoute 40 Euros jusqu'à Nouakchott.
Après ce qu'on a vu, on ne veut pas prendre de risques, on décide
donc de payer.
Le restant du voyage se passe sans problèmes. En fait on aurait peut-être
plus s'en sortir tout seul car les bouldozeurs venait de rouvrir une autre
piste. C'est comme ça dans le désert, sur une multitude de pistes,
une seule est bonne, mais il fait savoir laquelle, et ça change chaque
jour. En plus de ça les pistes que les 4*4 peuvent emprunter ne conviennent
pas aux berlines, il faut donc être vigilant et ne pas suivre un 4*4
en se disant que si il passe, on passe.
Bon donc le voyage jusqu'à Nouakchott s'est passé sans encombres,
rythmé par les contrôles de la police, de la gendarmerie et de
la douane. On a donc encore distribué des livres mais certains abusent,
ils prennent ça comme un dû et marmonnent à peine un merci.
Arrivés à Nouakchott, On devait faire 3 choses : Abdelhaye devait
nous présenter un ami à lui qui tient une auberge et qui pouvait
nous avoir des contacts pour vendre la voiture, on devait passer par l'auberge
Menata car Olivia, la gérante nous avait réservé des billets
d'avion pour le 1 octobre et on devait aussi faire le plein d'essence.
Donc nous en fait on était partit dans l'idée d'essayer de rentrer
au Sénégal avec la voiture pour déposer les livres, faire
un petit tour avec la voiture et puis revenir pour quelques jours en Mauritanie,
juste le temps de vendre la voiture avant de rentrer en France, c'est comme ça
qu'on voyait les choses.
Donc avec Abdelhaye, on est allé voir son auberge mais le patron n'était
pas là, on est donc allés mettre de l'essence et là!!!
Surprise on tombe sur le roi des arnaqueurs : Boubacar.
En mettant de l'essence, cette personne est intéressée pour acheter
la voiture, nous dit de la suivre chez elle pour discuter des conditions d'achat,
etc...
Donc on suit avec Abdelhaye et Lamine chez le bonhomme.
Arrivés chez lui il nous offre à boire, et on commence à parler
de l'affaire.
Notre problème est qu'on doit aller au Sénégal ou plutôt
essayer de rentrer au Sénégal et revenir dans 15 jours mais c'est
vrai que l'on prend un risque car on ne sait pas combien de temps va prendre
la vente de la voiture lors de notre retour en Mauritanie et si on à réservé les
billets d'avion c'est prendre un énorme risque de perdre le billet...
Donc la solution, c'est Boubacar qui nous la donne.
On est jeudi soir, Boubacar aura l'argent lundi 12 septembre, il nous achète
la voiture 1800 euros, il nous loge gratuit jusqu'au lundi soir, on peut déposer
tous les bouquins et les affaires chez lui et en plus il peut nous amener jusqu'à Sokone
avec les livres en participant aux frais d'essence (50 euros).
Donc nous, on vient d'arriver du désert, on est fatigués, c'est
une solution facile, on vend la voiture, on se débarrasse de ce problème
là et ensuite on est au Sénégal et on repart du Sénégal.
Donc on est près à accepter mais on veut comme même voir
Oliva de l'auberge Menata pour lui demander pour les billets d'avion si on
peut les annuler et lui demander ce qu'elle en pense.
Mais finalement en arrivant à l'auberge Menata, Olivia n'est pas là.
On prend donc congé de l'arnaqueur Abdelhaye qui nous a dit qu'on pouvait
avoir confiance avec Boubacar car il avait parlé avec lui avec des termes
concrets de businessman mauritaniens.
Et on décide d'accepter la proposition du roi des arnaqueurs Boubacar.
Jeudi 9 septembre au soir on décharge donc tous les bagages chez lui
il nous fait manger, je lui donne les clés de la voiture pour qu'il
la gare.
Donc pendant la durée du séjour, il est aux petits soins avec
nous, il nous nourrit, nous fait visiter la ville, etc…
Pendant ce temps il me demande mon passeport pour faire les démarches
pour le dédouanement de la voiture, il me demande les clés car
il dit qu'il faut garer la voiture dans un parking surveillé, il me
demande la carte grise du véhicule. En clair la voiture est plus là,
il se l'est accaparé, elle est déjà a lui et je n'ai pas
encore l'argent.
A chaque fois que je refusais de lui donner quelque chose, il s'offusquait,
me disait d'avoir confiance, que c'était un vieux, qu'il fallait avoir
confiance…etc
On logeait chez lui, on ne s'est pas assez méfiés, c'est vrai
qu'il n'aurait jamais fallu donner les clés sans avoir l'argent.
Arrive lundi, Boubacar prétexte des excuses. Le 4*4 qui doit nous amener
jusqu'au Sénégal est en panne, il part le lundi soir pour le
réparer qu'il a dit et ne passe même pas la nuit chez lui.
Bref finalement le mardi le 4*4 arrive, on charge les affaires et on est prêt à partir.
On a deux jours de retard, Lamine est dégoûté, il veut
absolument partir au Sénégal, ça fait déjà 15
jours qu'on est partis et on est pas encore arrivés.
Juste avant de partir, je vois Boubacar avec une liasse d'argent en liquide,
je lui demande alors mon argent : il me dit "attends! On va voir ça à Rosso".
Moi je lui fait toujours confiance, je suis quand même énervé contre
lui car tout ne s'est pas bien passé comme prévu mais on part
enfin, on a assez perdu de temps comme ça!
Finalement une fois arrivés à Rosso, l'arnaqueur nous met devant
le fait accompli : un ami qui devait lui prêter l'argent est parti en
Gambie la veille et il n'a pas tout l'argent. On rage.
Boubacar commence a compter l'argent, il sort des Ouguiyas alors qu'on a parlé en
Euros, commence a vouloir nous arnaquer sur le taux de change : 300 Ouguiyas
donne 1 Euro alors qu'il en faut 420.
Bref je gueule, je dis qu'on n'a jamais parlé en Ouguiyas, que je veux
des Euros.
Bref finalement il n'a que 400 Euros, son ami revient de Gambie dans une semaine
et il suffit qu'on revienne à Rosso pour récupérer le
reste de l'argent.
Donc on parle des heures durant, je refuse les propositions de Boubacar, on
s'est fait arnaquer et l'enfoiré nous met devant le fait accompli, on
est à Rosso avec tous les bagages, on doit arriver au Sénégal,
on est vraiment dans une situation délicate.
En plus on est pressés par le temps, le bac de Rosso va fermer et il
va falloir attendre demain pour traverser.
L'autre solution, c'est de revenir à Nouakchott et attendre une semaine
: impossible! Encore une autre solution, c'est de récupérer la
voiture, mais Boubacar qui a déjà entamé les procédures
et qui a soi disant fait des réparations nous demande 400 Euros pour
la récupérer.
Bref la solution la meilleure, c'est d'accepter ce que nous dit Boubacar, mais
il nous faut des garanties!!
Donc on cherche un commissariat à Rosso pour faire un papier devant
la police comme témoin. Mais c'est tard, la police nous dit de repasser
demain. Le 4*4 est déjà de l'autre côté au Sénégal
avec le chauffeur, il a pris le dernier bac. Finalement, on ne fait qu'un papier
entre nous pour l'instant en se disant qu'on en fera un au Sénégal
(enfin ça n'aurait servi à rien car le problème n'est
pas du ressort de la police Sénégalaise) et Boubacar nous laisse
sa pièce d'identité.
En fait on le saura après mais il a fait une fausse signature et sa
pièce d'identité n'était qu'une copie.
Donc on passe la frontière à 9h du soir et on paye les heures
supplémentaires, tout ça à cause du temps perdu à essayer
de résoudre le problème.
En prenant la pirogue qui nous fait traverser le fleuve, on fait la connaissance
de Mokhtar, qui nous dit de nous méfier du Maure car la plupart sont
comme ça.
Finalement on traverse donc, on fait les formalités et on part en direction
de Saint-Louis, ou l'on dort.

Le mercredi 15 septembre on reprend la route. Pendant le trajet un policier
nous arrête et fouille le chargement de livres, il nous dit que c'est
illégal, qu'il faut un papier de la douane, que nous allons revendre
tout ça au marché noir!
En fait cet enfoiré cherche des sous, finalement la seule solution est
de le payer, Boubacar lui glisse 10 euros dans sa poche.
Et le policier n'a pas fini : il continue son jeu, nous dit que Boubacar est
qqn de bien car il lui a dit qu'il nous a logé, etc… En clair
le policier nous dit que nous sommes des trafiquants de livres au marché noir
et que Boubacar est un ange, je crois rêver, cet enfoiré de policier
fait du tord à son propre pays et il a le culot de la ramener…l'injustice
est la pire des cruautés.
Finalement on arrive à Sokone (près de Kaolack) après
une dure journée de route au Sénégal, on ne fait même
pas le papier devant la police, on est découragés.
L'arrivée est joyeuse, Lamine n'avait pas prévenu qu'il arriverait,
tout le monde participe au déchargement qui se fait en 1 mn, tout le
monde est joyeux, tout le monde??
Boubacar va partir avec son chauffeur, cet enfoiré nous presse, on parlemente
encore, car en fait on n'a aucune garantie qu'il va bien nous apporter l'argent
dans une semaine. Finalement on garde le papier signé comme quoi il
nous doit 1400 Euros et on garde sa pièce d'identité, seule garantie.
Le pire c'est que sur le moment, je ne suis pas encore persuadé à 100%
de l'arnaque, je veux pas y croire car ça gâcherait le reste du
séjour.
Finalement, après avoir parlementé, j'ai le choix entre repartir
avec Boubacar à Nouakchott pendant une semaine pour attendre l'argent,
comme ça je pourrais mettre la pression à Boubacar tous les jours
et ne pas le lâcher d'une semelle, ou bien rester au Sénégal
et aller récupérer l'argent à Rosso dans une semaine.
Bon je me dis que si je repars en Mauritanie, c'est vraiment la régression,
je vais passer une semaine de merde, ça va tout gâcher.
Tan pis, je prends le risque, je fais une fois de plus confiance à Boubacar,
de toute façon, je n'ai pas le choix, on est devant le fait accomplit,
c'est nous qui avons fait l'erreur de lui donner les clés au départ,
il faut assumer…
Donc voilà, on reste donc au Sénégal, je commence à découvrir,
on part sur Dakar pendant 2 jours pour se renseigner sur les billets d'avion.
On revient ensuite à Sokone.
Tout se passe bien mise à part le fait que l'on ne bouge pas beaucoup…
Bref arrive le mercredi, Boubacar doit me rappeler, il ne le fait pas alors
je le rappelle, mais il me dit que son ami n'est pas revenu de Gambie et qu'il
revient samedi, arrive le samedi, il me dit mardi, mardi il me dit mercredi,
mercredi il me dit dimanche…bref, l'arnaque est là! Je suis donc
obligé de remonter en Mauritanie résoudre le problème.
Pendant ce temps j'essaye de passer du bon temps au Sénégal mais
c'est dur car je suis toujours obligé d'être prêt à partir à Rosso
: eh oui, j'y ai cru jusqu'au bout…
Finalement je suis quand même parti pendant deux jours faire un tour
en pirogue dans les îles du Saloum. C'est tout prêt de la Gambie,
c'est très joli, l'endroit est assez peu habité, le seul moyen
de locomotion est la pirogue.
Donc en revenant de ce petit voyage, on est jeudi 30 septembre, une semaine
après le mercredi 22 septembre, date à laquelle Boubacar devait
m'amener l'argent. Je décide donc de repartir en Mauritanie pour récupérer
l'argent car je suis à présent persuadé que c'est la seule
solution, qu'il faut faire cracher Boubacar.
Donc je prends la route le vendredi 1 octobre et j'arrive à Rosso le
soir même. Là je contacte Mokhtar, le mauritanien noir qui nous
avait dit de ne pas faire confiance à Boubacar lors de notre premier
passage à Rosso. Lui est honnête au moins (du moins je le saurais
très bientôt…), il m'écoute, m'aide à passer
le frontière car je n'ai pas de visa.
Finalement on part ensemble à Nouakchott dans sa famille et il est résolu à m'aider à récupérer
mon argent… Bon évidement il ne fait pas tout ça gratuitement,
il devait se dire que si on récupère l'argent, il pourra avoir
une commission.
Le lendemain, on fait notre petite enquête, on débarque chez Boubacar
mais il n'y a personne, on va voir le magasin de sa femme au marché :
on apprend qu'ils sont partis en week-end et qu'ils vont revenir très
bientôt.
Finalement en revenant on croise, étrange coïncidence, Boubacar à une
station service. Son visage se fige, il est surprit de me revoir, il ne s'y
attendait pas. En plus on est avec le beau-frère de Mokhtar, un français
qui travaille à Caritas.
Boubacar flippe un peu, il se demande qui est tout ce petit monde.
Mokhtar lui parle en Hassaniya, parlemente, bref. Boubacar nous ramène
chez Mokhtar et dit qu'il va revenir à 18h avec l'argent. Je dis à Mokhtar
de ne pas le laisser partir : il me dit de toute façon Boubacar est
coincé, on sait ou il habite, ou travaille sa femme, etc.
Finalement on rappelle Boubacar pour lui mettre la pression.
Il rappelle peu après, dit à Mokhtar qu'il peut me faire plonger,
essaye de nous faire peur. Et finalement, voyant que l'on ne rigole pas, il
débarque peu après.
Il a pas l'argent mais nous montre un chèque et dit qu'il faut qu'il
récupère sa pièce d'identité pour aller l'encaisser
: encore une arnaque de plus : Mokhtar ne flanche pas.
On n'a à présent qu'une seule solution, amener Boubacar à la
police…
J'ai peur qu'il se dérobe, qu'il n'accepte pas. Mokhtar et lui parlent
en el Hassaniya et je ne comprends pas, j'ai peur de ses entourloupes. Mais
après de longs palabres, Boubacar accepte de nous suivre et on débarque
finalement à la police.
Une fois arrivés on explique chacun notre histoire. Tout le monde me
dit de ne pas m'en faire, que je n'aurais aucun problème. Boubacar est
connu de la police, c'est un arnaqueur professionnel, il a déjà arnaqué un
américain qui lui avait vendu une remorque, un mauritanien qui lui avait
vendu un camion et un autre mauritanien qui lui avait vendu des sacs de haricots…haha,
quel passé.
Finalement, on nous donne rendez-vous le lendemain Dimanche au commissariat à 9h.
Boubacar est surveillé pendant la nuit par un inspecteur.
Je suis confiant tout en ne l'étant pas, je n'ai plus aucune confiance
en personne même si tout le monde me répète que la police
va résoudre l'affaire.
Mais au fond de moi j'espère que le problème va se solutionner
très vite car il faut que je rentre en France.
Le lendemain, on est auditionné par des inspecteurs. Boubacar se fait
tout petit, il stresse, ne lâche pas son téléphone portable,
compose des numéros à tout va…
Des membres de sa tribu sont présents.
Boubacar nie tout en bloc, invente des choses, dit plusieurs versions, c'est
d'ailleurs ça qui va le perdre. Il dit qu'on l'a agressé au Sénégal
pour prendre sa pièce d'identité, seule preuve qu'il nous doit
quelque chose.
Finalement, j'ai plusieurs chances de mon côté : je suis étranger
et j'ai un problème avec un mauritanien (les consignes sont strictes
dans ce cas, c'est l'étranger qui à raison, l'état veut
favoriser le tourisme et il n'a aucun intérêt à ce que
j'aille me plaindre à l'ambassade de France), Boubacar est connu des
services de police et en plus il est stressé et bafouille des versions
de l'histoire différente.
Bref après de longues heures d'attente, le commissaire nous appelle
et nous donne le choix : soit j'attends 15 jours et un membre de la tribu de
Boubacar accepte de venir payer l'argent devant la police, ou bien soit on
va devant le procureur mais ça risque de prendre des mois.
Je suis abasourdi, impossible d'attendre 15 jours, tout le monde me disait
d'avoir confiance, que le problème se solutionnerait rapidement, je
ne m'attendais pas à ça. Mais c'est toujours mieux que d'aller
devant la justice qui est une procédure très longue.
Donc finalement on a accepté avec Mokhtar cette solution là,
j'étais prêt à attendre 15 jours mais je me suis quand
même arrangé pour que la police accepte que ça soit Mokhtar
qui récupère l'argent seul, au cas ou je trouvais une solution
pour partir avant.
Et cette solution, c'est le beau frère de Mokhtar qui travaille à Caritas
qui l'a trouvée.
Lui se fait payer en euros. Pour avoir des Ouguiyas, il fait des chèques
en euro à des commerçants ou à des banques, en échange
de quoi il récupère des Ouguiyas.
La solution est simple, il récupère mes Ouguyas et il me fait
un chèque en Euros dès la réception de l'argent par Mokhtar
(qui garde quand même une commission pour le service rendu)…
Voilà, je suis donc maintenant tributaire de Mokhtar et de son beau-frère,
espérons que ce sont des personnes de confiance. Espérons aussi
que la police n'est pas corrompue…enfin ça on le verra dans une
dizaine de jours maintenant.
On pourrait croire que l'histoire se termine là!! Eh bien non…
On est donc lundi soir quand Benoît, le beau-frère de Mokhtar
me propose la solution de m'envoyer un chèque en euro en échange
de mes Ouguiyas, mais il me faut à présent faire vite car le
seul vol pas cher qui part de Dakar est vendredi 8 octobre à 13h et ça
ne laisse pas beaucoup de temps.
En plus mon passeport est dans les mains d'un ami de Benoît qui doit
me refaire un visa (en fait c'était dans l'optique ou je restais 15
jours de plus en Mauritanie).
Finalement la personne va faire galérer jusqu'à mercredi soir
pour me rendre le passeport sans même avoir fait le visa.
Donc je pars le mercredi soir à Rosso, je dors chez Mokhtar pour attendre
l'ouverture du bac le lendemain matin et je me mets en route pour Dakar.
Je stresse car il faut arriver à Dakar avant 18h pour aller acheter
les billets d'avion.
Finalement, j'arrive à temps, il reste encore des places, ouf. Il me
reste qu'à récupérer les billets le lendemain à 8h.
Lamine est encore à Soukoune, il doit arriver le lendemain matin.
Moi je n'ai même pas eu le temps de revenir à Soukoune dire au
revoir à la famille et faire mes bagages.
Le soir je dors chez le cousin de Lamine, Alioune. Le lendemain ça va être
juste, il faut aller acheter les billets, faire tous les achats, puis faire
les bagages avec mes affaires que Lamine doit ramener de Sokone.
Donc le lendemain, je vais chercher les billets, tout se passe bien, je fais
les achats de dernière minute, Lamine doit être arrivé,
tout va bien se passer, ça va être juste pour l'avion.
Donc on revient à 11h30 chez Alioune, un autre cousin nous dit que Lamine
est partit je sais pas ou, il est allé au marché…Je deviens
fou!! On doit arriver dernière minute à 12h00 à l'aéroport,
je fais donc les bagages en speed, il est 11h 46 minutes et Lamine est toujours
pas revenu!!! On doit partir tant pis, je dis à son autre cousin de
lui dire de sauter dans un taxi dès qu'il revient.
On part donc à l'aéroport avec Alioune, j'enregistre mes bagages,
je ne peux pas enregistrer ceux de Lamine car il doit le faire en personne.
Bref je stress, j'attends jusqu'à 12h30, finalement, plus possible d'attendre,
Lamine n'est pas là, je prends donc l'avion sans lui…
Il a raté l'avion, il a cru que ça se prenait comme un train
ou quoi???
Pendant le voyage, je rage, c'est le pot aux roses, la goutte d'eau qui fait
déborder le vase, le voyage s'était déjà assez
mal passé.
Bon bref, en fait Lamine croyait que je n'avais pas acheté de billets,
alors que je lui avais téléphoné le jeudi soir et que
je lui avais dit que j'irais les retirer le lendemain. C'est pour ça
qu'il ne s'est pas pressé…Mais heureusement, il a réussit à prendre
un vol de la même compagnie, qui, au lieu d'arriver sur Marseille, arrivait
sur Bordeaux…OUF, ça limite la casse sachant que le billet n'est
pas remboursable, et que Lamine avait eu sa rentré depuis 4 semaines
déjà…
Donc voilà, fin de l'histoire, j'en garde un très mauvais souvenir
pour l'instant, mais je pense qu'avec le recul je vais l'apprécier.
C'est avec les erreurs qu'on apprend de toute façon, au bout d'un certain
temps, tout est bon dans la vie : les bonnes choses, comme les mauvaises…
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